Théâtre en Mots

par Sylviane Bernard-Gresh
théâtre

Sopro de Tiago Rodrigues

 

 

La pièce fait revivre et vibrer la mémoire d’un théâtre en ruines à travers les souvenirs d’une souffleuse.

 

La scène est vide, juste une méridienne rouge à jardin. Des herbes poussent dans les interstices du plateau. Celui-ci est entouré d’un rideau clair  flottant sous un souffle léger. C’est un théâtre en ruines. Tiago Rodriguès, metteur en scène et comédien portugais voit dans le personnage de la Souffleuse, l’essence, la métaphore du théâtre. Quand il arrive à la direction du Teatro Nacional D. MariaII,  il propose à Cristina, la souffleuse du théâtre, d’écrire une pièce sur et avec elle. Elle accepte à condition de ne jamais prendre la parole. Au début du spectacle, elle est seule sur scène, vêtue de noir, lunettes sur le nez, son texte à la main. Entrent trois comédiennes et deux comédiens. Elle se glisse discrètement derrière chacun d’eux à chaque fois que l’un d’eux parle comme si elle leur insufflait la vie. On comprend peu à peu qu’elle connaît de dos tous les comédiens à qui elle a soufflé leurs répliques. Peu à peu, des bouts de scène émergent, des histoires de coulisse se mêlent aux souvenirs d’anciens spectacles, des personnages passent comme des fantômes: Harpagon, Antigone, Bérénice mais surtout Verchinine et les trois soeurs. Bérénice se sépare de Titus. Verchinine quitte Macha. Ce sont des morceaux de jeu d’une extrême intensité. On assiste à la préparation de la pièce « Sopro » mais la Première pourrait ne pas avoir lieu car la directrice du théâtre revient de chez le médecin avec une bien mauvaise nouvelle. La mélancolie plane sur cet ancien théâtre mais grâce à la souffleuse, son âme est toujours là. Sa présence donne du souffle à la mémoire, comme un élément de résistance à la mort.

Dans la mémoire de Cristina, toutes les répliques qu’elle a prononcées dans sa carrière, forment des couches temporelles multiples. On ne sait plus si on est dans un rêve ou dans la réalité. Le directeur du théâtre est un poète, il compare la scène et le monde aux deux rives d’une mer et affirme « Seule la mort est réelle et tout se retire dans les couloirs du rêve ».

Le vent souffle par vagues légères dans les rideaux puis vient la bourrasque.

C’est un magnifique spectacle nostalgique, tendre et poétique qui parle de ce qu’est au fond, dans l’ombre et l’invisible, le théâtre et de sa fin prochaine peut-être.

Une mélancolie jamais désespérée où l’autodérision n’est jamais loin.

 

Du 12 nov au 8 décembre  (sauf 15, 16, 17,18, 24, 25 nov et 2 décembre)

Théâtre de la Bastille

01 43 57 42 14

www.theatre-bastille .com

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