Théâtre en Mots

par Sylviane Bernard-Gresh
théâtre

Le dernier jour du jeûne

De Simon Abkarian

La pièce, une « tragédie de quartier », c’est ainsi que Simon Abkarian la nomme, se déroule quelque part en Méditerranée. On peut penser au Liban où l’auteur a passé son enfance mais le lieu reste imaginaire. Le père, très digne (Simon Abkarian), une mère généreuse (Ariane Ascaride), deux filles que tout oppose, l’une respectueuse des traditions et attendant le mari modèle, l’autre explosive qui veut vivre libre. Une tante un peu foldingue, un fils unique et quelques voisins. Tout, dans ce quartier, se sait et se répète. Chacun commente et juge. Les personnages sont empêtrés dans les nœuds de traditions qui les étouffent. La sexualité des femmes constitue le thème central de la pièce. Elles en parlent avec truculence, brutalité, crudité. Elles appellent « un chat, un chat » et un cul, un cul. Le mot « putain » est intégré avec le plus grand naturel dans chaque phrase. C’est drôle sans être vulgaire, parfois un peu lassant, malgré la qualité des comédiens. Leur grande vitalité tente de faire exploser la prison imaginaire dans laquelle les traditions les enferment. Le spectacle a un côté jubilatoire sauf quand il devient lyrique et parfois démonstratif. Mais devient très surprenant quand à la fin, cette comédie jubilatoire se dirige brutalement vers une terrible tragédie que rien n’annonce. Sauf bien sûr, l’ensemble des frustrations, tabous, préjugés qui innerve toutes les conversations tonitruantes qui précèdent. Hormis cette bizarrerie de construction, le spectacle est empreint d’une jubilation et d’une générosité très attachantes.

 

Le Dernier jour du jeûne et l’Envol des cigognes
Un dyptique de Simon Abkarian m/s Simon Abkarian
En alternance du 5 septembre au 14 octobre 2018
Théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes Paris 12e
Tel : 01 43 74 24 08

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