Théâtre en Mots

par Sylviane Bernard-Gresh
théâtre

La Nuit des rois ou Tout ce que vous voulez

Ecrite pour être jouée durant les festivités de l’Epiphanie, un temps dédié au travestissement, au jeu et au théâtre (Février 1602), La Nuit des rois ou Tout ce que vous voulez, est une comédie qui cache sous le grotesque une réflexion sur l’identité et le genre.

Echouée après un naufrage sur une côte d’Illyrie, Viola décide de se travestir en homme par peur de mésaventures. Elle pense que son frère jumeau Sébastien s’est noyé. Sous le nom de Césario elle s’engage au service du Duc Orsino pour qui elle doit plaider sa cause auprès d’Olivia qu’il convoite sans succès. Olivia elle-même n’est pas insensible aux charmes de Césario. Ces confusions du désir atteignent tous les personnages.

Déjà la mise en scène à la Comédie française, d’Andrzej Seweryn ( 2003) avait mis l’accent sur les questions d’identité et de genre. Thomas Ostermeier, lui, situe la pièce dans une Illyrie primitive. Au début du spectacle, dans un espace très épuré où sont plantés deux palmiers, deux singes partagent l’espace pour jouer. Chaque personnage entre en scène en passant sur une passerelle qui court au dessus des spectateurs du fond de la salle. Comme ils sont tous fesses nues, l’effet grotesque est saisissant. Nous sommes sensés entrer dans un monde où la nature n’est pas encore pervertie par la culture et la société. Le spectacle est accompagné d’un petit orchestre constitué  d’un contre ténor et d’un joueur de théorbe (un grand instrument à cordes) dont la musique exprime la mélancolie, la douleur et l’amour.

Dans cette mise en scène (traduction d’Olivier Cadiot) ce sont des questions désespérantes que l’on entend: qui es-tu toi à qui je parle et que je désire ? Qui suis-je moi que tu regardes comme un homme et qui suis une femme. Qui est là ? finalement sur cette scène déguisé en homme ou en femme ? L’imbroglio se complexifie jusqu’à la folie.

La mise en scène est imprégnée de ces interrogations sur l’identité et le genre qui restent sans réponses. Qu’est-ce qui ressort de la nature ? Qu’est ce qui est construit par les circonstances et le rôle social?  Ostermeier ne donne aucune réponse. Au salut final, chaque personnage donne un baiser d’amour à son voisin qui change de place à chaque instant: Qui avons-nous vu? Qui sommes-nous nous mêmes? qu’est-ce que l’amour? Telles sont les questions sans réponse que se pose aussi le spectateur.

Plus que le comique grotesque pas toujours réussi, c’est ce fond philosophique, joué dans la légèreté, par des comédiens toujours justes qui caractérisent le spectacle et  la mélancolie créée par la perte de tout repère.

 

Comédie Française
Adaptation et mise en scène Thomas Ostermeier
jusqu’au 28 février
Résa :01 44 58 15 15 ou www.comedie-francaise.fr

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