Théâtre en Mots

par Sylviane Bernard-Gresh
théâtre

Kanata-episode 1 -la controverse

de Robert Lepage

Dans la présentation du spectacle mis en scène par Robert Lepage, Ariane Mnouchkine écrit: »Nous aurons besoin de témoins de bonne foi, honnêtes et sincères , qui pourrons dire si , oui ou non,le spectacle l’est aussi. Si, oui ou non, il respecte les lois essentielles, écrites ou non écrites, de l’amour de l’Humanité tout entière. Si, oui ou non, il se fait l’avocat de la réconciliation ou si,en ce monde chaotique et grimaçant que, peu à peu, des peuples désespérés confient aveuglément aux pires démagogues, il ajoute de la division à la division, de la haine à la haine, du mensonge au mensonge ».

Oui, le spectacle témoigne de l’amour de Robert Lepage et Ariane Mnouchkine pour l’humanité dans son entier. Les trente et quelques comédiens, la troupe du Soleil, portent des noms qui viennent de tous les coins du monde et leur présence, leur jeu, et les nombreuses langues utilisées offrent d’emblée une réflexion,sur l’Autre, la migration et l’exil. Depuis de longues dates Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil nous ont habitués à cette mixité large et joyeuse.

Robert Lepage met en scène une succession de saynètes avec une profusion de moyens techniques qui va de la video à la circulation sur rails de pièces de décor. On passe ainsi de la forêt amazonienne (très beau tableau d’une pirogue avec deux indiens, flottant dans la brume), à la National Gallery of Canada, à l’appartement d’une peintre, à un centre d’injection pour toxicomanes, aux rues très pauvres de Vancouver où des prostituées détruites par la drogue et la misère, attendent le client. L’ensemble constitue comme un puzzle qui se met peu à peu en place et raconte l’assassinat sauvage d’une jeune prostituée amérindienne par un serial killer. Les autochtones, comme on les appelle au Canada, sont représentés par deux ou trois personnages et surtout par quelques tableaux de Joseph Légaré. On s’attache à leur histoire et à la violence qu’ils connaissent même si parfois l’inflation de  moyens techniques mis en oeuvre l’écrase un peu. Mais surtout on reste sur sa faim en ce qui concerne le sort et l’histoire des autochtones hormis deux ou trois scènes où l’on voit une mère se faire enlever son bébé, un ou deux témoignages en video de mères en quête de leur enfant enlevé et jamais retrouvé.

Les questions d’identité et surtout, à travers l’histoire de l’artiste, qui peint des femmes amérindiennes disparues et voudrait les rendre visibles, se voit interdire par leurs mères, d’exposer leur portrait. Ainsi, au coeur de ce spectacle, est posée la question: a-t-on le droit de représenter ce qui ne ne relève pas de notre histoire et de nos racines. Une vraie question qui explique sans doute le titre « La Controverse »

 

Kanata -épisode 1- La controverse

Mise en scène Robert Lepage

avec les comédiens du Soleil

jusqu’au 17 février

Théâtre du Soleil/ Festival d’Automne

La Cartoucherie

Résa:

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