Théâtre en Mots

par Sylviane Bernard-Gresh
théâtre

Ivanov d’Anton Tchekhov mis en scène par Christian Benedetti

Une farce caustique mais un Ivanov absent

C’est une farce à la manière de Gogol que nous propose la mise en scène de Ivanov par Christian Benedetti où Tchekhov démasque avec lucidité le caractère ridicule et odieux des  notables provinciaux qui entourent Nicolaï Alexéiévitch Ivanov: leur mesquinerie, leur médiocrité, leur grossièreté et leur vulgarité. Ils sont uniquement préoccupés d’argent et de ragots. Ils boivent, mangent et sont ouvertement antisémites. Et parmi eux,  principalement Mikhaïl Borkine, intendant du domaine d’Ivanov. Joué par Christian Benedetti, c’est lui qui mène la danse avec force gesticulations grotesques à côté de Matveï Semionovitch Chabelski, la famille Lébédev… Dans le premier acte, on découvre Anna née Abrahamson qui a renoncé à sa religion par amour pour Ivanov. Lui l’a épousé par intérêt croyant hériter d’une fortune dont on l’a privée après qu’elle a abjuré sa religion. Cinq ans après leur mariage, elle est gravement malade, ils s’ennuient et Ivanov , criblé de dettes est très dépressif. Seul le docteur, Lvov s’occupe d’elle et l’aime. La suite se situe dans une réception chez les Lebedev. Ivanov flirte avec Sacha, la fille de la famille à qui il donne un baiser au moment où Anna qui l’a suivi découvre la situation. Elle en mourra après une scène d’une violence extrême où elle se fait traiter de « sale youpine ». Ivanov se mariera avec Sacha, bénéficiant de la fortune des Lebedev. A la fin, Lvov traite publiquement Ivanov de « pourriture » et provoque Borkine en duel. Pendant toute cette agitation hystérique, Ivanov solitaire dans son coin, meurt d’une attaque.

Si l’aspect farcesque livre une satire particulièrement colorée et endiablée de toute cette petite société, la pièce perd en épaisseur, en émotion et en trouble à cause du caractère quasiment effacé d’Ivanov. Ecrasé, notamment par le jeu de Borkine, il a du mal à exister. La traduction qui se veut très actuelle, utilise des tournures du genre « Allez vous faire mettre », « faire open bar »ou « dégueulasse ». Et c’est sans doute en grande partie pour cela qu’on a l’impression d’un Tchekhov très « réduit ».

Christian Benedetti cite dans son dossier de presse, ce qu’écrit Tchekhov en décembre 1888:

« Si le public sort du théâtre en ayant l’impression que les Ivanov sont des salauds et les Lvov des gens nobles, alors il me faut demander ma retraite et jeter ma poule au diable. »

C’est pourtant bien avec cette impression qu’on sort du théâtre et c’est dommage.

Christian Benedetti a déjà monté plusieurs pièces de Tchékhov que nous avions vraiment aimées, mais là non, bien que le spectacle soit d’une rare énergie et assez drôle, nous ne suivons pas.

 

Anton Tchékhov

mise en scène Christian Benedetti

Photo Simon Gosselin

Jusqu’au 1er décembre

athenee-theatre. com

01 53 05 19 19

 

 

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